« Aimer ses ennemis » (Jn 15 ; 1-9 + Mt 5 ;43-48)

14 février : un jour dédié à St-Valentin selon les calendriers catholiques… Un jour devenu fête des amoureux et par là-même fête des fleuriste, des confiseurs, des restaurateurs et de tous ceux qui vendent des petits plaisirs à offrir…
Selon la Légende Dorée, qui recense les histoires de tous ces saints, Valentin était un prêtre du 3ème siècle ; il mariait en secret les couples chrétiens et lorsqu’il fut arrêté, il rendit la vue à la fille de son geôlier avant d’être décapité sur la voie publique.
Une histoire peut-être enjolivée au cours des siècles, mais surtout l’une des rares à avoir été reprise par tous, y compris chez les non-chrétiens.
Comme pour un certain nombre de fêtes idéalisées, la St-Valentin a toutefois un revers qui est de laisser de côté les couples qui traversent des difficultés, ainsi que les personnes qui n’ont pas ou plus de couples.
Pour un veuf ou une veuve, St-Valentin peut rimer avec nostalgie ou tristesse…
C’est pourquoi je vous invite ce matin à rester dans le sens d’une fête de l’Amour, tel que Jésus en a parlé.

En grec ancien, il y avait 4 termes pour définir l’amour :
• Le 1er est storge, c’est l’amour instinctif, assez basique, qui assure la protection, comme une vache avec son veau nouveau-né… Un terme qui n’existe pas dans le Nouveau Testament.
• Le 2ème c’est eros, l’amour passionné qui assure la reproduction au travers de l’acte sexuel ; ce terme n’est pas présent non plus dans le NT.
• Le 3ème c’est phylia, l’affection très forte au sein de la famille par exemple ou dans des amitiés très proche ; il est utilisé plusieurs fois dans le NT avec quelques dérivés.
• Et puis le 4ème qui est presque toujours employé dans le NT, mais très peu dans le grec classique, c’est le mot agapé, souvent traduit par charité, qui signifie l’amour respectueux et accueillant de l’autre, un amour fraternel qui partage et entraide. Un mot peu usité que Jésus a véritablement mis en valeur et chaque fois qu’il nous dit « aimez-vous les uns les autres », c’est agapé qu’il emploie.

Le 1er texte que nous avons lus dans l’Evangile de Jean emploie lui aussi ce terme d’agapé et il en fait le centre de l’Evangile avec cet avertissement : « si vous ne pouvez aimer, alors vous serez comme des rameaux qui ne portent pas de fruits et qui sécheront… »
Alors que si nous restons dans ce lien d’amour avec le Christ, nous recevrons la sève de Sa Vie et nous pourrons porter les fruits de son amour.

Dans le 2ème texte, Jésus va encore plus loin : il ne s’agit plus seulement d’aimer ceux qui nous aiment et d’aimer notre prochain, mais il faut également placer nos ennemis dans nos prochains…
Et même avant nos prochains ! C’est la structure du texte qui nous le dit car « aimer ton prochain » est en fait écrit au futur dans le texte originel, c’est un objectif de vie à accomplir…
Un peu comme la citation de Camus en début de culte !
Par contre « aimez vos ennemis » est écrit comme un impératif présent… : c’est aujourd’hui que tu dois aimer ton ennemi et pas demain ou plus tard dans le Royaume !
Jésus nous invite une fois de plus à retourner la situation : la vie ne se trouve pas dans le ronronnement de l’habitude, mais dans la découverte de l’autre autrement…
Et si je n’essaie pas de le faire maintenant, demain ce sera encore plus difficile, car j’aurai accumulé encore plus de ressentiments à l’encontre de celui ou celle que j’ai de la peine à respecter.
S’il nous est possible de mettre facilement de la colère dans l’amour, il est toutefois plus difficile de faire l’inverse et d’aimer celui ou celle qui est l’auteur de notre ressentiment.
Cela implique de ne pas laisser notre « naturel » agir à son habitude et de prendre de la distance pour choisir d’aimer.
Concrètement, c’est d’abord accepter que nous puissions être en colère contre quelqu’un, pour ensuite mettre notre émotion de côté et la comprendre.
Et c’est à ce moment-là que Jésus nous demande d’aimer notre ennemi, c’est-à-dire de le respecter en tant qu’être humain et de dissocier la personne de l’acte contre lequel je suis en colère.
Aimer ses ennemis nécessite de faire confiance au Christ dans notre vie et de le laisser agir.
En quelque sorte il nous dit : « Il t’a fait du mal et tu es en colère contre lui ? Alors pardonne-lui et aime le… et laisse-moi régler la situation ».
Aimer n’est ni facile, ni naturel ; cela demande d’être responsable et de faire des choix…, cela demande aussi de comprendre les autres sans forcément les excuser…, mais surtout, cela demande de ne pas enfermer l’autre dans son comportement.
Aimer son ennemi, c’est lui permettre de changer, de quitter l’attitude que nous lui reprochons… ; mais c’est aussi nous permettre à nous-mêmes de changer, de grandir dans notre foi et de devenir toujours un peu plus à l’image de Dieu.

Pour aimer ainsi, il faut aussi se laisser aimer par Lui ; dans notre parcours de vie, combien de fois l’avons-nous attristé ou mis en colère par nos mensonges, nos pensées ou nos actes ?
Et dans l’histoire humaine, combien de fois avons-nous été ennemis de Dieu allant jusqu’à le crucifier… ?
Malgré cela il continue à nous aimer et le fera jusqu’à ce que nous soyons auprès de Lui dans le Royaume.
Nous sommes des enfants de Dieu en devenir et chaque expérience vécue de l’amour nous permet de grandir ; mais les plus importantes sont celles où nous choisissons volontairement d’aimer celles et ceux qui ne sont pas « aimables ».

Et j’aimerais vous inviter ce matin à choisir une de ces personnes avec qui vous avez de la peine à être en relation : un « ennemi » peut-être, ou plus simplement quelqu’un dans votre entourage qui vous paraît désagréable…
Demandez-vous alors comment vous pourriez lui manifester de l’amitié ou du respect…
Puis faites-le et priez pour lui ; gardez confiance en Jésus qui agit et transforme autant cette personne que vous-mêmes.
Et puis dans une année, peut-être un peu plus ou un peu moins, revenez me dire comment cela a changé !
Vous verrez alors combien vous vous serez rapproché du Royaume, non par vos propres forces, mais par ce que Dieu aura accompli dans votre cœur et dans votre vie.

Que sa présence à nos côtés nous encourage à oser aimer et que son esprit nous conduise vers celles et ceux qu’il a placé sur notre chemin afin de nous faire grandir.
Amen