Lecture de 1 Corinthiens 9, 24-27
Lecture d’Ephésiens 2, 4-10

Prédication : « Dans notre vie où nous courrons sans cesse, la grâce de Dieu nous libère de la pression de la performance ! »
Chers frères et sœurs en Christ,

Vous savez, quand vous avez des enfants, même si vous ne vous l’avouez qu’à demi-mot, vous espérez toujours que votre enfant fasse mieux que les autres :
– oh mon fils a marché très tôt ! Pas le tiens ? t’es sûr que c’est normal ?
– Tu devrais entendre mon enfant de 2 ans : il est super doué avec la parole. Tiens l’autre jour, il m’a fait une phrase complexe : ne sais-tu pas où Maman a mis mon doudou ?
– Le pot ? Oh ma fille est déjà dessus depuis longtemps. Pas ton fils ? Mais, il n’est pas plus grand qu’elle ?
– Oh le mien est très fort à l’école !
– La mienne est a gagné une course ! Le mien a marqué 5 buts au foot ! la mienne est la meilleure chanteuse !
– Etc.

Je me faisais la réflexion l’autre jour quand mon fils Elie, en montant les escaliers, essayait de les monter non plus marche après marche, mais deux à deux, plus vite qu’avant : toujours plus vite, toujours plus haut, toujours fort. C’est comme si, au fond de nous, nous devions toujours faire mieux. Mieux que les autres, mieux qu’avant. Faire plus, toujours plus. Etre au top, être performant, même pour un petit bébé, même pour un enfant. Alors vous imaginez pour un adulte.

Dans le monde du travail aussi, nous vivons avec la pression de la performance. Ne vous est-il jamais arrivé de vous dire : « j’en peux plus, j’y arrive pas, j’suis dépassé ? Je suis plus à la hauteur ! J’en fais pas assez et pas assez bien ! » Dans nos métiers, il faut faire, produire, et surtout être bon. Faire bien, non, faire toujours mieux, oui ! « Ah je devrais retravailler ma prédication de dimanche, franchement elle pourrait être mieux ! » Toujours plus.

« Citius, Altius, Fortius », vous savez ce que cela veut dire ? « Plus vite, plus haut, plus fort ». Cette devise, proposée par Pierre de Courbertin à la création du CIO (comité international olympique) en 1894, est aujourd’hui plus jamais d’actualité. En ce jour en effet se terminent les JO de Rio. Si tu vas à Rio, n’oublie pas… d’aller plus vite, plus fort, plus haut ! Pendant presque 3 semaines, plus de 10’000 athlètes, se sont disputés 5130 médailles lors de 141 compétitions pour un budget total de 10 milliards pour l’organisation gigantesquissime de cet événement sportif suivi par plus de 4 milliards de personnes sur le globe.

Au fond, les JO et leur cours effrénée au succès et au record n’est-elle pas un symbole plus profond de notre société qui nous impose un rythme effréné, qui nous pousse à courir tout le temps ? Dans la vie active, nous courons en effet d’une activité à l’autre, d’un hobby à l’autre, d’un rendez-vous à l’autre ; au fond la denrée la plus précieuse de notre temps, c’est justement… le temps ! Dans notre société, la plupart des gens – et je m’inclus dedans ! – n’ont plus le temps, avec leur agenda overbooké ! Boire un café avec sa belle-mère ? Pas le temps ! Taper un brin de causette dans l’escalier avec la voisine ? Pas le temps ! S’engager pour la paroisse ? Pas le temps ! Ainsi, dans notre société où nous nous sommes très souvent aussi pressés que des citrons, nous courrons.

Nous courrons au propre comme au figuré, car la société place elle aussi, comme le sport ou les jeux olympiques, la barre toujours plus haut : toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus… de rendement ! Oui la nouvelle religion du XXIe siècle, au fond, c’est bien le culte, mais le culte de la performance ! Etre performant ou ne pas être, telle est la question ! Il faut être meilleurs que les autres et gagner la course !

L’apôtre Paul, lui aussi, utilise cette image pour parler de la vie chrétienne. Ne savez-vous pas que les coureurs, dans le stade, courent tous, mais qu’un seul gagne le prix ? Courez donc de manière à le remporter. Notre société, comme le sport, est une grande compétition, basée sur la performance. Nous passons donc notre vie à essayer de remporter la course, mais qu’est-ce que cela signifie « remporter la course » ? On ne sait pas très bien, pour l’instant, mais ce que l’on sait, c’est l’importance du but. C’est pourquoi je cours les yeux fixés sur le but, dit Paul. L’apôtre nous rappelle ici le besoin essentiel d’avoir un but dans la vie, sinon on s’essouffle, sinon on perd courage, comme le démontrent les burn-out autour de nous. Et vous, quel est le but de votre course ? quel est le but de votre existence ? (silence)

Ce n’est pas une petite question, n’est-ce pas ? 😉 Paul nous invite donc à réfléchir au but de notre course, certes, mais aussi que celui-ci ne soit pas dans l’éphémère. Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère. Ils le font pour gagner une couronne qui se fane vite ; mais nous, nous le faisons pour gagner une couronne qui ne se fanera jamais. Paul nous rappelle que la victoire que prône la société est une couronne périssable, qui se fane vite ; nous le savons bien, éphémères sont le succès et la gloire (« A moi la gloire ! » pourraient chanter les gagnant des TV réalités). Et donc la vraie question, c’est que faire pour obtenir cette « couronne impérissable » qui ne se fanera jamais ? autrement dit, que puis-je faire pour laisser ma trace sur cette terre ? (court silence) Qu’est-ce qui ne périt pas ? qu’est-ce qui reste ? (silence). Pour moi, ce qui reste, ce qui ne périt pas, cela tient en un seul mot : l’amour.

Dans le second passage que nous avons entendons, l’apôtre Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, utilise un autre mot, moins actuel, qui pourrait même apparaître comme un ovni aux auditeurs du XXIe siècle : Paul parle de « grâce ». Pas la grasse matinée, ni grâce à… quoi ?! NON, LA grâce ! La grâce, c’est un don, un cadeau, comme une meringue double crème de gruyère, la grâce c’est un cadeau gratuit offert par Dieu à chacune et chacun d’entre nous, signe de son amour inconditionnel pour nous. La grâce, c’est ce qui nous sauve. Si vous êtes d’accord avec moi pour dire que la société de performance nous mène tout droit dans le mur, alors nous pouvons entendre le message d’amour de Dieu pour nous qui peut nous sauver.

Comment donc être libéré de la pression de la performance ? Paul répondrait : « par la grâce ! » Et c’est un message complètement révolutionnaire, aussi pour notre époque ! Dans une société d’aujourd’hui où tout se paie, où rien n’est gratuit, où tout dépend de notre performance, où tout dépend de notre course, eh bien la grâce de Dieu, elle, ne dépend pas de nos efforts, mais simplement de notre foi, autrement dit de notre confiance qu’il est là au cœur de nos vies.

La grâce nous libère pour être nous-mêmes et œuvrer pour le bien. Car Paul le dit, Dieu nous a créés, dans notre union avec Jésus-Christ, pour que nous menions une vie riche en actions bonnes. Voilà le but, le but ultime de la course, le but de la vie chrétienne. Recevoir la grâce de Dieu et en retour, aimer, en menant une vie riche en actions bonnes. A chacun selon ses capacités, j’ajouterais. Tout un programme, n’est-ce pas ? Le programme de toute une vie. Le programme de toute une course : les 42 km du marathon ne suffiraient pas…

Alors oui, dans notre vie où nous courons sans cesse, la grâce de Dieu est comme un eau qui nous libère de la pression de la performance ! Nous pouvons dès lors continuer à courir, mais courir, plus légers, portés par les gouttes de cette grâce infinie de Dieu pour chacune et chacun d’entre nous, et nous diriger vers une vie riche en actions bonnes, selon nos capacités.

En conclusion, j’ai envie en ce jour de vous inviter à agir. Aller à l’Eglise, c’est bien, écouter le pasteur, c’est bien aussi, se souvenir que nous avons reçu la grâce de Dieu, c’est toujours et encore bien, et sans modération, mais en sortant de ce temple, la course va reprendre. Alors cette semaine, je vous invite chacune et chacun, à vivre votre vie, simplement enrichie d’UNE action bonne pour alléger cette course. Pas deux ou trois, UNE bonne action. Cela peut être un geste envers une personne en difficulté, un petit signe de douceur pour quelqu’un qui en a besoin, un geste de pardon vers quelqu’un qui vous a offensé, ou simplement un peu de temps offert à un proche. En bref, je vous invite à réaliser concrètement un geste d’amour pour une personne qui vit des temps difficiles dans la course de sa vie.

Et alors, grâce à la grâce, la rude course de nos vies en sera transformée. Le culte de la performance pourra ainsi se transformer en culte du père formant, Notre Père qui nous forme à son amour inconditionnel. Ainsi grâce à Lui, je pourrai devenir pour mon fils un père formant, un père aimant, loin de toute performance.

Amen.