Le manque...
-Liturgie de la Parole
-Prière d’illumination (FG)
-Lecture d’Exode 17,1-7 et orgue
-Lecture de Marc 10,17-25

Chers paroissiens de Savigny-Forel,

Mercredi dernier au conseil de Paroisse nous avons eu une longue discussion sur l’argent qui commence sérieusement à manquer dans notre paroisse… et ça ma fait réfléchir sur le manque et la peur de manquer… Et vous, de quoi avez-vous peur de manquer ? J’imagine que vous pouvez penser à de nombreuses illustrations de cette peur de manquer : combien de repas trop riches ou trop garnis… « au cas où », combien d’armoires trop remplies, combien de photocopies en trop « pour être sûr »… Bien sûr, cela peut sembler banal, car notre société d’après-guerre est traversée par cette peur de manquer, notamment de nourriture, mais aussi de tout le reste ! De nos jours, elle en est même devenue une société du trop plein. Quant au manque, eh bien si nous en avons peur, c’est qu’il est considéré comme une épreuve, comme un désert qui peut nous mener… à la mort. Si l’on manque de nourriture, en effet, ou si nos manques touchent nos besoins vitaux, alors nous nous dirigeons vers la « vallée de la mort ». En bref, derrière le manque, bien souvent, c’est la peur de la mort. Et nous pouvons nous poser cette question du manque également… pour notre Eglise. Si dans notre paroisse, nous souffrons d’un manque de forces vives, de bénévoles, de conseillers, d’argent aussi (et surtout), est-ce que cela voudrait dire que la paroisse serait appelée à traverser elle aussi la vallée de la mort ?

Je plombe un peu l’ambiance, je vous l’accorde. D’ailleurs parfois, nous serions tenté, dans nos déserts, face à ces manques, de succomber à la tentation de la question que se pose le peuple d’Israël : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? » (TOB) Autrement dit, est-il VRAIMENT avec nous ou nous a-t-il abandonné, nous son peuple bien aimé ? (silence) Serions-nous aussi en train de mettre Dieu à l’épreuve comme l’a fait le peuple d’Israël dans le désert, devant nos manques, en demandant à Dieu : DONNE-NOUS DE L’EAU A BOIRE ! ou pour nous : DONNE-NOUS DES CONSEILLERS ! DES BENEVOLES ! DE L’ARGENT !

Et pourtant, nous pouvons entendre ce passage de l’Exode et son dénouement miraculeux comme une promesse. Car le message que nous pouvons retenir de ce texte, c’est que, aussi simplement dit que ceci : Dieu pourvoira. Dans ce récit de l’Exode, c’est par un miracle, étonnant et inattendu, qu’il pourvoit avec l’eau qui jaillit du rocher frappé par le bâton de Moïse. Nous aussi, nous recevons cette promesse que Dieu pourvoira à nos manques. Comment ? nous le savons guère, peut-être par des chemins détournés inattendus qui nous étonneront, mais Dieu y veillera.

Pour le carême, j’ai décidé de me passer de Facebook, pour passer plus de temps dans les rencontres « réelles » et non plus « virtuelles ». Un moins pour un plus. Ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas rien, que c’est un manque, notamment dans le lien avec les jeunes, pour qui Facebook facilite tout. Mais ce « manque » m’ouvre sur un nouvel horizon avec tant de rencontres aussi profondes qu’inattendues, comme cette visite chez une paroissienne chez qui je sonne et ne trouve que sa fille qui l’appelle : elle avait annulé notre rendez-vous en m’envoyant un message… sur Facebook ! (que je n’avais donc pas vu). Finalement, quand elle arrive, j’apprends que sa mère est mourante, et elle a besoin de parler, de prier. Je suis au bon endroit au bon moment. Comme si Dieu avait conduit mes pas vers elle. Comme si Dieu avait pourvu.

Le manque est aussi une thématique qui saute aux yeux dès les premiers versets du psaume 23 dont une lecture juive en éclaire la signification à travers le jeu des nombres. Figurez-vous en effet qu’en hébreu, les 57 mots du psaume 23 sont l’équivalent numérique du mot « nourriture ». Et les 227 lettres de ce psaume correspondent au mot « bénédiction ». (silence) Autrement dit, le psaume 23 est à la fois « nourriture » et « bénédiction » pour celui qui le prie.

Car le manque ne peut pas se comprendre sans la nourriture et la bénédiction. Le manque, c’est en quelque sorte l’essentielle case vide dans le jeu de nos existences. Vous connaissez ce jeu carré où l’on doit déplacer les pièces pour les remettre dans l’ordre. Sans le vide, sans la pièce qui manque, impossible de bouger, impossible de changer. Nous avons donc besoin du vide, du manque, pour, d’une part, évoluer, grandir parfois, et d’autre part, pour y découvrir les bénédictions que Dieu nous donne. Car sans manque, si n’avons pas faim, il est difficile de connaître la réalité des bénédictions présentes dans nos vies.

C’est d’ailleurs le difficile message que Jésus adresse à ce jeune homme riche : la chose qui lui manque, c’est justement… le manque ! 20L’homme lui répondit : « Maître, j’ai obéi à tous ces commandements depuis ma jeunesse. » 21Jésus le regarda avec amour et lui dit : « Il te manque une chose : va vendre tout ce que tu as et donne l’argent aux pauvres, alors tu auras des richesses dans le ciel ; puis viens et suis-moi. » Ce manque qui mène à la confiance, à la bénédiction, à l’engament à la suite du Christ, lui manque, lui fait défaut.

Dans notre société d’aujourd’hui, le pain qui nous manque, me semble-t-il, n’est pas fait d’eau, de farine et de levain. C’est un pain de mots, de souffle, d’amour et surtout de confiance. Le pain d’une prière toute simple : la prière de l’enfant. Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai rien. Ou dans les mots de Jean-Baptiste : Je fais de Lui mon Responsable, Il s’occupe de moi, y compris de mes manques. Comme un père aimant, il ne nous oubliera pas, et même plus ! Et même si j’en viens à douter de Sa présence comme de Son existence, Même s’il m’arrive de ne plus comprendre le sens de ma vie, Je n’en fais pas un drame, Seigneur, car Tu est mon Accompagnant. 

Ainsi, face aux manques qui nous angoissent et à nos questions existentielles qui nous taraudent, face au vide qui provoque en nous un vertige, face à tous les manques en nous et dans l’Eglise, nous sommes appelés à la confiance avec cette prière simple et pure : Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai rien. Oui c’est nourriture et bénédiction que de dire ces mots-là.

Alors ce matin, chers frères et sœurs, c’est un message d’espérance que je vous apporte. Au creux de nos manques, nous pouvons trouver de nouvelles ressources et même, peut-être, discerner les bénédictions que Dieu nous donne ! Mais cela ne se fait pas sans cette confiance qu’a le psalmiste qui doit aussi nous habiter.

Oser, dans le manque, la confiance pour découvrir de nouvelles ressources, c’est ce j’ai vécu ces trois dernières années, en vivant une semaine de jeûne. Oui dans le jeûne, alors que nous devenons physiquement plus faibles, alors que nous manquons de nourriture, nous découvrons d’autres ressources en nous, insoupçonnées, comme miraculeuses. Dans la confiance face à ce défi du jeûne qui me semblait au début, je dois vous le confesser, insurmontable, eh bien de nouvelles énergies se font sentir. Comme par miracle. Ainsi dans le jeûne, face au manque, le miracle du Dieu berger qui pourvoit est bel et bien à l’œuvre.

Et vous, chers paroissiens, de quel manque souffrez-vous ? quel manque craignez-vous ? (silence) Et bien face à ces manques, qu’ils soient potentiels ou réels, le psalmiste nous invite à la confiance ! Confiance aussi pour l’avenir de notre paroisse et de notre Eglise, si nous savons restés ancrés dans le lien avec Dieu : Seigneur, je resterai en lien avec Toi Jusqu’à la fin De mes Jours, réécrit Jean-Baptiste. Et ainsi, même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi (TOB). Ainsi, même la Vallée de la mort, celle du deuil, deuil de relations, de personnes, deuil de conception d’Eglise, oui même cette vallée de la mort et du deuil pourra être ainsi traversée avec cette confiance.

En conclusion, je vous invite à un acte symbolique collectif. Pour redire qu’au creux de nos manques, nous pouvons trouver de nouvelles ressources et même discerner des bénédictions, pour redire que face à nos peurs nous pouvons placer notre confiance en Dieu, je vous invite à vous lever, à vous donner la main les uns aux autres pour symboliser que nous formons ensemble un même corps, une même communauté, qui parfois souffre ensemble, qui parfois vit des moments de joie ensemble. Puis je vous inviterai à répéter après moi : Le Seigneur est notre berger, nous ne manquerons rien pour signifier notre confiance en Dieu face aux manques que nous vivons ! Car ne l’oubliez pas : Dieu pourvoira.

Ainsi, dans la confiance, nous pouvons dire : Le Seigneur est notre berger, nous ne manquerons rien.

Amen.